Musiques Traditionnelles et du monde |
Les pratiques de musique traditionnelle dans l’Aude sont très diverses mais restent peu nombreuses. On relève cependant quelques domaines très forts que ce soit du fait de leur histoire ou de l’exploitation qui en est faite à l’heure actuelle.
La bodega (prononcez "boudego") - grande cornemuse de la Montagne Noire

"La cornemuse de la Montagne Noire, la "bodega" est la plus grosse des cornemuses occitanes, et l’une des plus volumineuses de France et d’Europe. Sa poche est faite avec une peau de chèvre entière et peut atteindre une capacité de cent litres. Au cou de l’animal est fixé un hautbois mélodique ("graïle"), percé de huit trous (sept dessus et un en dessous). Sur la poche est placé un long bourdon pouvant atteindre 1,20 mètres. L’anche du hautbois mélodique est double, tandis que celle du bourdon est simple. Ce type de cornemuse est assez archaïque : les sculptures et enluminures du Moyen Age nous en livrent un certain nombre".
Un plan pour le développement de l’instrument :

En juin 2002, le CLRMDT et l’ADDMD 11 ont entrepris de fédérer le terrain interrégional de la boudègue, ceci grâce à la collaboration de l’ADDM 34, de l’ADDA 81, de l’ADDA 31, du Conservatoire Occitan (CMT Midi-Pyrénées), du Cordae/La Talvera et au soutien de l’Union européenne. Avec l’ensemble des musiciens, formateurs, facteurs, chercheurs concernés par la boudègue, il a été décidé d’un plan de promotion pluriannuel prenant en compte :

la formation (création d’outils pédagogiques, réflexion sur les méthodes d’apprentissage, centralisation de l’information sur l’enseignement, création d’un parc instrumental interrégional),
la facture instrumentale et la recherche sur les instruments anciens,
la diffusion (entre autres autour du festival Camin de craba de Hautpoul dans le Tarn),
la valorisation de la pratique musicale (réalisation d’une anthologie discographique de la boudègue) et de la recherche (réalisation d’un ouvrage de synthèse sur l’instrument).
A noter qu’un enseignement de cet instrument est proposé à "l’escòla de bodega de Villardonèl". Le professeur en est Sophie Jacques de Dixmude
Le chant traditionnel : Le gesppe, le collectage, le festival de la Hte vallée
Le GESPPE
Le GESPPE - Groupe d’Etudes et de Sauvegarde du Patrimoine Polyphonique Espérazanais - a su rassembler un certain nombre des militants de la sauvegarde des traditions musicales qui ont retrouvé nombre de chants traditionnels de la Haute Vallée de l’Aude et plus particulièrement ceux qui concernaient la tradition ouvrière de chapellerie d’Espéraza. Un ensemble d’une trentaine de chanteurs interprète maintenant ces chants lors de multiple concerts. Plusieurs enregistrements en ont été réalisés. Un développement économique a engendré une pratique artistique devenue traditionnelle. Deux siècles après, cette tradition participe d’un nouveau développement économique.
Le Festival de chant polyphonique traditionnel en haute vallée de l’Aude

Un festival, première étape vers la construction d’un réseau de régions en faveur du chant polyphonique traditionnel :
Divers échanges amorcés entre le GESPPE et différents groupes issus d‘autres régions françaises ont permis de mettre en évidence le souhait général de mettre en relation diverses initiatives visant à rassembler les populations des villages autour d’identités fortes telles que la langue ou le chant et de confronter les différentes pratiques.
De ces réflexions a émergé l’idée d’un réseau de régions en faveur du chant traditionnel polyphonique.
La première initiative dans ce sens a été de mettre en place un festival de chant traditionnel polyphonique en Haute Vallée de l’Aude.
Cette manifestation se déroule autour du 15 septembre dans diverses communes de la Haute Vallée et comprend stages, concerts professionnels et rencontres d’amateurs.
Collectage de la chanson traditionnelle dans l’Aude
Il s’agit dans ce projet de faire le point sur les travaux effectués depuis le XIXème siècle, concernant le répertoire de chant des pays riverains du fleuve Aude dans sa partie haute, à savoir la Haute vallée, le Pays de Sault, le Razès, les Corbières et la Montagne Noire.
Depuis 150 ans des enquêtes de toutes envergures, des collectages amateurs, des études universitaires ont compilé bon nombre de chansons populaires nées dans le pays audois ou adopté par sa population. Ces travaux édités ou non, sont éparpillés de caves en bibliothèques, de greniers en archives municipales, départementales ou universitaires. Le projet est de répertorier, d’une part ce qui a été édité sur le sujet, d’autre part ce qui sommeille dans des cartons ou sur bandes magnétiques un peu partout dans le pays : les chansons de grand père notées sur un cahier, les travaux de l’érudit local amoureux de sa culture, le cahier de chansons du couvent, les archives de groupes folkloriques, de cercles occitans... la liste est longue et ouverte. La liste des projets d’exploitation de ce travail est elle aussi longue et ouverte : arrangement du répertoire pour alimenter les chorales, les chœurs d’enfants, les écoles de musique, les interprètes de la chanson, les groupes de rock, exploitation du répertoire par les conseillers pédagogiques en musique et en occitan, création d’un tour de chant...bref tout ce qui peut permettre la pratique de ce répertoire dans la vie d’aujourd’hui pour que naisse une conscience de ce qu’est le chant de ce pays. Ce travail est mené actuellement par Laurent Cavalié. Un ensemble de 6 filles, « La Mal Coiffée » a entrepris de monter un programme de concert autour des arrangements réalisés pour elles par Laurent Cavalié.
Les musiques de « fecas »
Las fecas
Depuis 1604, ce sont des bandes qui chaque dimanche au cours de la période grasse, entre l’Epiphanie et le Mercredi des Cendres, louent une musique et la conduisent lentement autour des arcades de la Place. Aujourd’hui le carnaval s’étire du début janvier a la mi-carême, et met en branle une dizaine de groupes qui animent autant de samedis et de dimanches, outre la journée du Mardi Gras. Une bande de fecas conduit trois fois la musique, le jour de sa sortie.
D’après LA FÊTE EN LANGUEDOC de D. Fabre et C. Camberoque
Collectage
« La musique de "las fecas" est au service de la danse de "las fecas". Sa fonction est de mener le danseur jusqu’à la transe. Chaque morceau dure vingt minutes, les musiciens sont doublés et alternent huit mesures chacun.
La musique est la garante des festivités. Par un subtil son de percussions (tambour, grosse caisse, cymbale), par le côté répétitif des mélodies, rodées par des descentes et des montées, elle enroule le danseur dans son monde. L’euphorie de ce son stimule "fecas" et "godilhs", donne l’ampleur et le corps à leur jeu. Une bonne sortie de "fecas" est une alchimie entre le son de la musique et la transe de la danse.
Le répertoire est constitué d’airs très anciens pan-occitans, d’autres ont subi l’influence d’airs de mode (opérette), d’autres sont de composition locale.
Nombreux sont ceux qui déplorent les pertes importantes qu’a subi le répertoire. Les anciens disparaissent et une mémoire considérable avec eux. »
Pierre Brun
Il s’agit donc de rencontrer et d’interroger les acteurs anciens ou actuels des carnavals de la vallée de l’Aude (Quillan, Espéraza, Chalabre, Limoux ...), d’éplucher les fonds d’archives publics ou privés et de retrouver les traces d’un répertoire que l’on sait avoir été très riche et dont une grande part est tombé dans l’oubli.
Ce travail est actuellement réalisé par Pierre Brun et Amic Bedel en vidéo numérique et sera finalisé sous la forme d’un DVD.
La réalisation d’un DVD
L’historique : Les Romains en Narbonnaise avec les saturnales : la culture de la vigne. La civilisation occitane et l’art roman. L’époque cathare. Nicolas pavillon. La révolution française. Les interdictions sous les guerres.
La parole : les anciens racontent leur jeu, l’apprentissage par l’oralité, leur création musicale, leur fonction, leur formation.
Le geste : des "godilhs", des "fecas", donnent leur pas de danse, leur chine, leur carabène.
La musique : les différents sons musicaux pris sur le vif.
L’esprit de "las fecas" et des "godilhs", ou la fête à l’envers : les histoires, les anecdotes, la philosophie du "godilh" avec son contraire "las fecas".






